Réflexion sur l’écologie des sites web5 min read

Circuit imprimé vert

Et si la transition écologique forte venait des monstres du numérique ?

Prise de conscience

Avec la prise de conscience politique (celle des citoyens étant déjà importante) sur les enjeux du réchauffement climatique – Accords de Paris, Conventions Citoyenne pour le Climat, etc – et dans le même temps du développement toujours plus grand des offres de services numériques (plateforme et applications en lignes, réalité augmentée, internet des objets, industrie 4.0, 5G…), l’empreinte carbone de ces services devient un enjeu marketing important voire essentiel pour les entreprises.

Tout comme la qualité de ce que nous mangeons (le bio, le véganisme, l’application Yuka, …), les conditions de fabrication de ce que nous consommons (les circuits courts, le Made In France, l’entreprise C’est Qui Le Parton?) ou encore l’obsolescence programmée de nos appareils (l’indice de réparabilité, l’essor de plateformes de revente comme Back Market et celui des fablabs pour réparer soi-même)…
… et si la consommation énergétique des services en ligne devenait elle aussi un critère important dans notre décision d’achat ? Une raison de boycott ? Voire un point de culpabilisation tel le “flygskam“, ce sentiment, né en Suède, de honte de prendre l’avion car celui-ci pollue.

Argument de vente

On pourrait facilement envisager de faire figurer sur les factures de Netflix, de Spotify, des abonnements en ligne, etc, le coût énergétique de notre consommation ! Ou carrément sur la facture de notre fournisseur d’accès Internet ! Bien-sûr il faudrait utiliser une unité commune que tout le monde comprendrait facilement, tel le nutri-score. Par exemple, l’appli Karbon convertit l’impact carbone de nos produits alimentaires en kilomètres parcourus par une voiture.

D’ici à ce que notre banque soit capable de calculer très précisément notre empreinte grâce à sa connaissance de nos achats, il n’y a qu’un pas.

Certains hébergeurs comme OVH proposent déjà des fonctionnalités qui permettent à leurs clients (des fournisseurs de services) de calculer précisément la consommation énergétique du mail que vous venez d’envoyer ou du film que vous venez de regarder.

Je pense que cette initiative va se développer d’abord chez les “petits” acteurs de l’hébergement. Ceux dont les parcs de serveurs sont encore réduits. Ils utiliseront cet argument commercial pour attirer à eux des clients sensibles à leur impact. Ces mêmes clients minoritaires indiqueront à leurs propres clients, sensibles eux aussi à ces valeurs, l’empreinte des produits et services qu’ils utilisent.

Les grands hébergeurs sentiront alors cette tendance prendre de l’ampleur. Au départ réticents par manque de retour sur investissement de ce développement supplémentaire, ils présenteront eux-aussi le calcul d’empreinte lorsque la demande de leurs clients se fera plus pressante. Celle-ci leur donnera un moyen supplémentaire de combattre leurs concurrents retardataires. Et comme à chaque nouvelle tendance qui les atteint, ce sera la course au premier à passer le pas. Vous vous rappelez il y a encore 5 ans à peine, il n’y avait que Netflix pour proposer de la VOD par abonnement. Et maintenant il y a Amazon Prime, Disney+, Apple+, HBO, … Salto et chacun investit des millions. Ainsi l’intérêt pour l’impact carbone de notre consommation en général se répandra comme une traînée de poudre.

L’empreinte carbone s’ancrera encore plus profondément dans notre quotidien. Peut-être même que, par un opportunisme de situation, les politiques s’en empareront eux-aussi comme pour ajouter à leur CV tel ou tel projet de loi qu’ils ont porté et qui leur donnera l’avantage dans une course électorale.

Surcyclage ?

Mais alors, une fois qu’on aura optimisé le code informatique peu coûteux de nos applications. Une fois qu’on aura remplacé tous les serveurs gourmand en énergie par des serveurs plus frugaux dans les énormes complexes d’hébergement, d’où pourrait venir l’optimisation suivante ?

Se seraient peut-être ces fermes de serveurs qui devaient se réinventer. La chaleur produite par ces complexes pourrait servir à chauffer les immeubles ou les équipements publics ? Et si cela sonnait carrément la fin des fermes de serveurs ? Et si ces machines étaient réparties dans les habitations privées pour remplacer les radiateurs ? Il existent déjà de nombreuses initiatives dont on ne parle que trop peu !

Et si…

Est-il encore envisageable de réduire la croissance de notre empreinte carbone, à défaut d’en inverser la courbe, grâce à une démarche personnelle de consommation raisonnée ?

Je pense que oui. Peut-être pas immédiatement par l’action d’un bulletin de vote mais plutôt par celui de la carte bleue. La crise COVID et d’autres événements récents ont révélé la puissance que détiennent les consommateurs sur des titans qu’on pensait indéboulonnables : les constructeurs auto en difficulté, l’expansion du vélo, la fuite des utilisateurs de WhatsApp, Sony qui retire le jeu Cyberpunk 2077 de ses plateformes à cause du bad buzz, la Warner Bros qui cède face aux fans et qui sortira la version initialement prévu d’un se ses films

Ces signaux de moins en moins faibles vont de plus en plus inquiéter les actionnaires des grandes entreprises mondiales (or les plus importantes appartiennent quasiment toutes au monde du numérique). Non pas qu’une conscience écologique leur apparaîtra spontanément au réveil d’une nuit agitée mais la peur que l’image de leurs sociétés ne soit brusquement ternie par un scandale aux yeux d’un public plus exigeant, les fera redouter que le cours de leurs actions dégringolent du jour au lendemain.

Quand on pense qu’il suffirait que les gens arrêtent de les acheter pour que ça ne se vende plus !

Vous savez qui

Le remplacement du PIB par l’empreinte carbone pour mesurer la santé économique d’un pays n’est peut-être pas si utopique que cela…

2020 nous a montré avec quelle rapidité la société peut changer et s’adapter. Qui aurait pu prédire en janvier dernier où nous en serions un an plus tard ?

Alors pourquoi pas ?

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