Ambiguïtés du langage et communication4 min read

Dans la phrase “Elle pleure car il a perdu son cadeau”, à qui était destiné le cadeau ?

Était-ce elle qui lui avait offert et lui, négligeant, l’a ensuite égaré ?
Ou bien devait-il lui offrir à elle, cependant il l’a perdu avant même de pouvoir le lui donner ?

Notre chère langue française est percluse de ce type d’incertitudes qui font qu’hors contexte il peut être compliqué de comprendre une phrase. Voire, certaines phrases identiques peuvent avoir des sens diamétralement opposés suivant leur contexte (ex : “Il loue un appartement”). Ces ambiguïtés de la langue sont à la base même d’un certain humour et des pièces de boulevard qui entretiennent le quiproquo par des trésors de double sens.

Ces spécificités de notre langue qui font la joie des comédies, sont à la source de problèmes de communication. Mais alors, comment rédiger de la documentation efficace avec des handicaps inhérents au langage, sans que cette documentation ne s’étende sur des dizaines et des dizaines de pages.

Je me pose cette question depuis quelques années sans toutefois pouvoir y répondre. Alors peut-être qu’il faudrait simplement utiliser une autre langue, plus précise, plus déterministe. Est-ce que l’allemand par exemple, avec les nombreuses déclinaisons de ses mots ne constituerait pas une meilleure candidate pour communiquer par le texte ? Existe-t-il un classement des langues selon leur caractère déterministe ?

Pourrait-on construire une langue “parfaite” de telle manière à ce qu’elle ne laisse aucune place à l’ambiguïté ? Où l’emplacement même des mots jouerait un rôle décisif dans la signification de la phrase ? Et que si on les ordonnait différemment, la phrase aurait un sens différent ou pas de sens du tout ?

Cette langue “parfaite” ne serait-elle pas tout simplement un langage informatique comme le C, le JAVA, le PHP… Les langages de programmation cochent toutes les cases précédemment citées : si on change l’emplacement d’un mot, le code ne fonctionne plus ou son fonctionnement diffère !

Et dans ce cas, imaginez que la langue avec laquelle nous devions à présent communiquer se rapproche d’un code informatique. Concevoir nos phrases mentalement, avant de les prononcer, prendrait (beaucoup) plus de temps. Arriverait-on à rendre cette conception aussi instinctive (Cf. Hypothèse de Sapir-Whorf). Arriverait-on seulement à communiquer ! Combien de temps n’importe quel informaticien passe à débugger son code avant que celui-ci fonctionne parfaitement ?

Imaginez que nous nous exprimions comme dans un texte juridique (qui peut être vu comme un code informatique dont le langage est la loi) ! Tout le monde devrait alors être un expert et se tenir à courant des “dernières mise à jour” de la langue !

Prenons le problème sous un autre angle. Et si les “libertés” d’interprétation que nous autorise la langue étaient précisément ce qui nous permet de communiquer ! Elle nous permettent de rapidement concevoir des phrases qui contiennent grosso modo le message qu’on veut transmettre ! Le rapport de la quantité d’information transmisse sur le temps de conception du message est très bon. Et c’est alors le dialogue qui nous permet de confirmer avec notre interlocuteur que le message à été correctement compris ? Ainsi la communication optimale serait un compromis entre la précision du message et la rapidité de sa conception.

C’est alors que cette citation de Blaise Pascal prend tout son sens : “Je vous écrit une longue lettre parce que je n’ai pas eu le temps d’en écrire une courte.”

Cette vidéo de Linguisticae sur la chaîne Youtube du Vortex apporte beaucoup d’éclaircissements sur les enjeux d’une langue optimale au regard de la communication.

Et pour développer encore le sujet, je vous recommande cette conférence d’environ 1h20 dans laquelle Frédéric Landragin, directeur de recherche au CNRS, adopte l’angle d’une rencontre du troisième type pour évoquer les problématiques de communication.

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